Région parisienne - France

Eric Patrizio

Le marathon : une métaphore de la vie

Le dimanche 3 avril 2016 s’est déroulée la 40ème édition du marathon de Paris. Au départ, environ 45000 participants pour en découdre sur un magnifique et prestigieux parcours de 42,195 kilomètres au cœur de notre belle capitale. A l’arrivée, environ 42000 coureurs, un record. Tous ont vécu un moment de vie intense, vrai. Chacun à son histoire, ses raisons de s’engager dans une telle épreuve : un défi personnel, un cap à passer, le souvenir d’un être cher, etc. Ainsi, 100% des concurrents ont passé leur ligne d’arrivée en vainqueur, peu importe où elle se situait réellement.

Cette année, j’ai été particulièrement impliqué dans cet événement sportif dans la mesure où mon beau-frère faisait partie des heureux participants. Il a son histoire, ses raisons, et il a même souhaité m’embarquer dans son aventure. Non, une autre fois peut être, qui sait, selon l’état d’avancement de mon histoire à moi.

Son entrainement a commencé dès l’automne, celui-ci s’organisant en fonction de l’objectif souhaité en terme de chrono. Deux, trois, voire quatre sorties par semaine. Courtes, longues, rapides, lentes, fractionnées. De jour, de nuit, le matin, le soir. Par temps chaud, froid, sec ou mouillé. Il faut savoir varier les plaisirs … ! Six mois de préparation, c’est long, c’est dur. D’autant que pour entamer un programme marathon de ce type, il est préférable de déjà disposer d’une base solide. Cela nécessite de l’organisation, de la rigueur et de la persévérance. En outre, à l’approche de la course, afin d’optimiser ce gros investissement en temps, il est recommandé d’adapter son rythme de vie, notamment au niveau de l’alimentation et du sommeil. On vit marathon 24 heures sur 24, c’est contraignant, pour l’entourage également. Ce sont les règles du jeu, c’est le passage obligé. La semaine précédant la course est quant à elle consacrée au repos, à l’hydratation et au conditionnement psychologique. Il faut être prêt le jour J, pas la veille, pas le lendemain, chaque détail compte.

Et enfin, lorsque le grand jour est là, que les premières foulées permettent le franchissement de la ligne de départ, il ne reste qu’à faire le vide, oublier l’entrainement et les objectifs, donner le meilleur de soi-même en profitant et en se faisant plaisir.

Mon beau-frère avait pour objectif de boucler le tracé en 4 heures. Il a atteint son objectif, bravo. En revanche, sa course a été très dure, trop dure selon ses dires. Dès le kilomètre 25, la souffrance s’est installée car il avait du mal à rester dans son souffle, ce qui n’est pas du tout dans ses habitudes. Tenir 20 kilomètres dans ces conditions, cela relève de l’exploit. Tous les coureurs le savent, durant un marathon, il y a un « mur » à franchir : au 25ème, au 30ème, au 35ème, nul ne peut le prédire, cela dépend de ce que chacun vit dans l’instant. A ce stade, l’athlète rentre dans un état modifié de conscience. Impossible de se faufiler, de se cacher, tout le monde se retrouve au même niveau, il faut revenir à soi, accepter ce qui est, la douleur, écouter son corps, ses émotions, faire face, avancer. Avancer avec respect, humilité, à la limite, repousser cette limite au maximum, avec force, avec sagesse, sans la dépasser inutilement.

Marathon de Londres 2016

Marathon de Londres 2016 – Sur les bords de la Tamise

Pour beaucoup, cette vérité, cette introspection, est une grande première, tant ses valeurs ne font plus partie de notre société, de notre manière de vivre.

Et enfin, une fois la ligne d’arrivée franchie, un relâchement global s’installe immédiatement, malgré les douleurs physiques et morales. Se mêlent des sentiments de joie, de fierté, de devoir accompli, de paix intérieure. Depuis le premier entrainement jusqu’à cet instant précis, une tranche de vie s’est écoulée. Une autre redémarre, sur d’autres bases.

J’ai vécu ce marathon dans mes tripes, sans m’entrainer, sans courir, sans participer. Mais mes souvenirs sont remontés à la conscience, ma flamme s’est ranimée, manifestement elle ne s’était pas éteinte. J’ai eu la chance de prendre le départ de quatre marathons, dont deux avec mon beau-frère. Mais il y a quelques années, j’ai dû mettre entre parenthèses ma passion du sport, du running en particulier, pour une durée indéterminée. C’est mon histoire. Ces derniers temps, j’ai rechaussé mes baskets, avec pour seul objectif le plaisir. Pas de chrono, pas de cardio-fréquencemètre, pas de compétition, pas de comparaison. Juste la course, le corps, la sueur, le partage, et la nature lorsque possible. L’essentiel. Petit à petit, les sensations sont réapparues, le bien-être aussi, les performances aussi, parfois dans un état quasi méditatif pendant l’effort.

Je ne sais pas quand, je ne sais pas où, mais mon intuition me dit que le jour où je serai au départ de mon cinquième marathon, une boucle se bouclera. Le rendez-vous est pris.

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